Par Paul Lefebvre
Coaching en leadership
décembre 2001

L’autre jour, comme beaucoup de nos voisins, Joëlle et moi faisions quelques emplettes de Noël à notre centre commercial local. Nous sommes tombés sur un homme assis à une petite table de travail montée sur une plate-forme au milieu de l’allée. Manipulant des outils qui semblaient appartenir à un autre âge, l’homme était très concentré sur ce qu’il faisait : c’était un tailleur de diamants. Comme nous n’en avions jamais vu à l’œuvre, cela piqua notre curiosité. Le diamant qui retenait toute son attention allait faire l’objet d’un tirage au profit de l’Hôpital pour enfants de l’Est de l’Ontario.
L’homme a alors levé la tête et a remarqué que nous, ainsi que deux autres curieux, l’observions tranquillement. Il est descendu de son banc et s’est approché de nous : « Je suis en train de tailler un diamant. Aimeriez-vous en savoir un peu plus sur le sujet ? » Les quatre ont évidemment dit oui. Il nous a raconté qu’il s’appelait Stan, qu’il venait de Toronto et qu’il avait appris son art auprès de maîtres en Afrique du Sud. Cela faisait 32 ans qu’il pratiquait ce métier, mais c’était la première fois qu’il se produisait en public. Il avait commencé à travailler cette pierre la veille et, dans à peu près une heure, soit quelque sept heures plus tard, il obtiendrait les résultats escomptés.
Manifestement, Stan adorait faire son métier, mais aussi partager sa passion. Il a déplié une feuille de papier pour nous montrer six diamants bruts dont la taille, la forme et la couleur variaient. Quand il aurait fini, le diamant canadien qu’il taillait ce jour-là deviendrait une pièce de taille idéale, comportant de très petites inclusions et d’une belle eau de 50 points ou d’un demi-carat.
« JE LAISSE LA PIERRE ME PARLER. »

Je lui ai demandé comment il déterminait la forme à donner à un diamant. Les yeux pétillants, il m’a répondu : « Je laisse la pierre me parler. » Doucement, en nous regardant droit dans les yeux, il nous a expliqué que tous les diamants avaient de petites inclusions ou, si vous préférez, des imperfections, plus ou moins visibles à l’œil nu. Parce que les tailles idéales reflètent le mieux toutes les facettes d’un diamant, certaines inclusions, selon leur situation et leur grosseur, peuvent en fait sembler plus importantes et diminuer la valeur du diamant. « Parfois, a-t-il ajouté, une taille différente peut en accroître la valeur et le caractère. » Ce tailleur de diamants était sans doute un brillant technicien avec ses instruments de précision d’un autre siècle, mais pendant un court instant, nous avions l’impression d’être en totale communion d’esprit avec l’artiste en lui. Tirer le meilleur parti possible du diamant, voilà ce qu’il voulait dire par cette petite phrase en apparence anodine : « Je laisse la pierre me parler. »
Il nous a remerciés de lui avoir permis de nous dévoiler un peu de son art. Il est ensuite retourné à sa passion, et nous à notre magasinage. Cette rencontre inopinée me revient encore à l’esprit, et je me dis que le tailleur de diamants croisé ce jour-là m’a servi une belle leçon de leadership et de coaching.
Nous, leaders ou coachs, combien de diamants bruts facettons-nous tous les jours dans notre vie professionnelle et personnelle ? Comment tirer d’eux le meilleur tout en respectant et en appréciant leurs petites inclusions ? Tout bien intentionnés que nous sommes, nous arrive-t-il parfois de leur imposer une taille, à nos yeux, idéale ? Sommes-nous davantage enclins à étaler nos techniques qu’à « laisser la pierre nous parler », comme le fait Stan le tailleur de diamants ? Combien de fois prenons-nous même conscience que nous sommes dans l’industrie de la taille des diamants ?