Joanne Hunt
New Ventures North
J'ai reçu ma première leçon de coaching dans une classe de physique, au secondaire. Mon professeur citait un principe bien connu tiré d'un manuel :
« Toute force subit l'action d'une force égale et opposée. »
Je commence seulement maintenant à comprendre la vérité de ce principe. Ce type d'énoncé devrait figurer dans les manuels de coaching pour nous aider dans notre travail avec les clients et dans nos programmes d'autoperfectionnement :
« Toute tentative de changement subit l'action d'une résistance d'égale ampleur. »
Ainsi commence la danse du changement et de la résistance. Certains programmes de coaching misent beaucoup sur la volonté pour amener un changement, sans tenir compte de la résistance inévitable. Cela entraîne souvent un résultat éphémère, sans intégration à long terme du changement désiré.
La résistance est une fonction biologique naturelle qui intervient lorsque le statu quo est menacé. Ainsi, notre système immunitaire réagit lorsqu'un nouveau virus ou un nouvel organe est introduit dans notre corps. C'est pourquoi il existe des produits pour aider les nouveaux organes à combattre la résistance physique du corps. Que le nouvel élément soit bon pour nous (greffe d'un organe sain) ou moins bon (un virus dangereux), la réaction physique consiste à expulser ce qui est étranger, inconnu et nouveau.
Toute organisation est comme un système sociobiologique complexe : l'introduction d'un changement y entraîne automatiquement une résistance. Nous en avons tous fait l'expérience. Le changement menace ce qui est fiable, même si la façon de faire existante ne correspond plus aux objectifs organisationnels. Le changement paraît toujours plus risqué que le statu quo - qui est familier, éprouvé et sûr.
Le changement est fondamentalement menaçant. Il menace ce qui est déjà en place et bien compris. Même si nous n'aimons pas ce que nous sommes, ni ce que les autres sont, au moins nous pouvons compter sur ces réalités. Avec le changement, quelque chose va changer ou même mourir : nos règles, nos façons de faire, notre prévisibilité. Quelque chose devra être abandonné, modifié ou achevé pour faire place à quelque chose de nouveau. Comment ne pas s'attendre à de la résistance ?
Les gens présentent souvent la question de la résistance comme une affaire de « volonté » ou un combat de « l'esprit contre la matière ». Cette vision laisse croire qu'il nous faut une sorte d'élan profond ou une attitude ferme pour traverser la période où nous devons introduire du neuf à force de volonté. Cette position peut être très dure et peut s'accompagner d'un sentiment de déception ou de honte si nous sommes jugés trop faibles de caractère. Certains demanderont : « Vous ne vous sentez pas engagés ? » comme s'il suffisait de s'engager pour surmonter les obstacles ou les résistances. D'autres sortes de réflexions du genre « Vous n'avez qu'à le faire », ou « Vous êtes capable, faites un effort " ne tiennent pas compte du lien entre changement et résistance.
La résistance est la preuve certaine que nous travaillons dans du neuf. C'est peut-être le premier beau témoignage de notre volonté de changement. Si nous le rejetons, si nous devenons plus engagés ou plus fermes, nous avons plus de mal à comprendre et à exploiter utilement cette résistance, et nous augmentons involontairement la pression de « la force égale et opposée. » En fait, nous devons rapprocher la résistance au lieu de la repousser.
Une des façons d'y arriver est d'examiner soigneusement nos propres façons de changer et de résister. Prenez un groupe d'employés qui essaient tous la même démarche, soit exiger davantage des autres au lieu de toujours tout faire eux-mêmes. La résistance se manifestera différemment chez chacun comme on le verra ci-dessous.
La forme de résistance de l'employé A :
« Je ferai des demandes à mes collègues plus tard. Je vais plutôt préparer le terrain pour être sûr qu'ils accepteront mes demandes quand je les présenterai. »
La forme de résistance de l'employé B :
« À quoi bon leur demander, ils ne feront pas le travail aussi bien que moi. »
La forme de résistance de l'employé C :
« C'est juste plus simple de le faire moi-même. »
Ces trois formes de résistance révèlent clairement la façon dont chacun se voit, et voit ses capacités, sa situation professionnelle, etc. Le coach doit adapter son approche à chaque client au lieu de répéter à chacun : « Vas-y. Je sais que tu es capable », ce qui revient simplement à l'inciter à faire preuve de volonté.
La solution consiste donc à amener la résistance proche de soi et à se familiariser avec ses nuances, son évolution et sa force. Écrire, dans un journal personnel, ses réflexions sur les nouvelles pratiques et la résistance qu'elles suscitent est un moyen puissant de comprendre la résistance, ce qu'elle a permis ou empêché, etc. Il nous faut de l'auto-observation et de l'auto-réflexion pour connaître à fond nos raisons, nos histoires et nos façons particulières de résister au changement.
De même, à mesure que nos comportements changent, la résistance peut aussi se manifester dans notre entourage : nos amis, notre famille et nos collègues. Même si nous devenons plus humains, plus sensibles et plus tolérants, ceux qui nous entourent peuvent résister.
Par exemple, une cadre bien connue pour sa façon de parler brutale et même blessante commence à devenir plus aimable, plus ouverte, plus compréhensive... Ses collègues sont perplexes. Qu'est-ce qui lui arrive ? Ça ne va pas ? Où veut-elle en venir ? La nouveauté peut provoquer la méfiance, même si les nouvelles façons d'agir sont positives. Pourquoi ? Parce que toute nouveauté menace un système clair et connu de tous. L'entourage de cette gestionnaire savait très bien la prendre telle qu'elle était. Ses anciens comportements étaient rassurants, parce que prévisibles. Les gens savaient exactement de quoi ils pouvaient se plaindre. Maintenant, ils ne savent pas comment réagir. La force nouvelle a fait surgir une force égale et opposée.
Comment nous préparer à cette résistance ? Quiconque entreprend de changer quelque chose peut choisir d'être direct envers les personnes concernées, en les informant de ce qu'il cherche à faire, et en les prévenant que son comportement sera moins prévisible au début. Un coach peut également prévenir ses clients qu'il y aura une réaction sur le plan de la culture organisationnelle. Si les clients sont ainsi prévenus, ils reconnaîtront et prendront en compte plus rapidement les réactions de l'entourage.
Cette approche traite la résistance comme une partie intégrante du changement, au lieu de créer des stratégies pour surmonter la résistance. La résistance montre clairement que nous sommes sur la voie du changement. Comment apprendre à l'utiliser comme un panneau indicateur, comme un élément naturel du processus ? Peut-être pourrions-nous commencer par nous familiariser avec nos propres formes de résistance. Voici une liste d'exercices d'auto-observation et de questions de journal qui renforceront notre capacité d'apporter des changements et de traiter efficacement la résistance qui l'accompagne.
Auto-observation quotidienne et pratique de journal :