By Laura Divine & Joanne Hunt
New Ventures North
Dans ce monde où tout va vite, bien des gens veulent mieux comprendre ce qu'est la capacité de s'arrêter, afin de développer cette compétence. Certaines phrases souvent entendues témoignent de notre besoin de marquer des arrêts :
Un cadre supérieur épuisé par la cadence de ses journées voulait plus d'espace pour se rapprocher vraiment de son travail, au lieu de rayer rapidement des points sur sa longue liste de choses à faire. Il passait d'une tâche à l'autre, les voyant à peine défiler dans le tumulte de sa journée. Il ne savait pas comment ralentir. Il produisait des résultats mais était en train de s'épuiser, tout en ayant l'impression de ne pas en faire assez. C'était un chef de file fort et fiable, mais dont le corps ne savait fonctionner qu'à plein régime. Au cours des séances de coaching, quand il prenait le temps de se décontracter, ses yeux s'emplissaient toujours de larmes. Pas étonnant qu'il refuse de s'arrêter pendant la journée. Ça lui brisait le coeur de constater les effets de ce rythme frénétique qui était le sien depuis près de 30 ans. Il ne tenait pas à ralentir parce qu'en s'arrêtant, il se voyait réellement tel qu'il était dans son travail.
Le dictionnaire donne une idée des obstacles culturels associés à la notion d'arrêt, puisque ce terme renvoie à des mots comme interruption, panne et stagnation. Or, ce ne sont pas là forcément des mots que notre culture vénère, car faire un arrêt peut être perçu comme un acte qui retarde une action, une progression ou une réussite. On peut y voir de l'irrésolution ou de l'incertitude. Les coachs doivent prendre en compte ce qui fait peur dans l'idée de ralentir, ainsi que la place que tient ce concept dans notre culture. Ces facteurs entravent notre capacité de valoriser et de développer cette compétente comme individus et comme société.
Comme première pratique, ce cadre supérieur devait s'arrêter après chaque point de sa liste quotidienne, et se demander si la tâche en question semblait achevée. Si oui, il devait prendre un moment pour en prendre acte et passer à la tâche suivante. Sinon, il devait s'occuper de l'achever. Avec cette simple action - achever une tâche - il a commencé à apprendre à faire des pauses. Il se sentait ainsi plus satisfait à la fin de la journée et avait de meilleurs rapports avec lui-même, son travail et ses collègues.
La capacité d'achever une tâche et de s'en rendre compte n'est qu'une des compétences qu'on favorise en cultivant la capacité de s'arrêter. Un des résultats les plus importants du coaching est la capacité du client à « s'autocorriger », c'est-à-dire à constater que sa conduite n'est plus conforme à ses intentions, et à revenir à un comportement mieux accordé avec ce qui lui importe. La capacité de s'autocorriger suppose d'abord la capacité de s'arrêter... de voir ce qui est en train de se passer... et de discerner ce qui s'impose, non en fonction de nos plans, mais de la situation réelle.
Les actions que nous faisons sans nous arrêter, observer et réfléchir sont déterminées surtout par nos réflexes ou le désir de répéter ce qu'on connaît. Nos actions proviennent d'habitudes bien ancrées et d 'interprétations, façons d'être et réflexes qui s'y rattachent. Les programmes de coaching se concentrent sur des façons d'être et des aptitudes nouvelles, et sur les rapports que nous espérons avoir avec les autres et avec nous-mêmes. Or, le passé est puissant : il est connu, établi et même sûr. Nos « muscles de comportement » les plus forts fonctionnent par rapport à nos actes passés, à notre interprétation des parcours suivis jusqu'ici, et aux actions familières.
Nous ignorons l'avenir. Nos « muscles de comportement » les plus faibles seraient ceux qu'on associe à ce que nous souhaitons être ou faire. Nous ne savons pas comment les choses se passeront. Nous ne savons pas si l'avenir sera sûr. Nous ne savons pas si nous pouvons faire ou être ce que nous espérons. Le passé est fiable, l'avenir est incertain. Dans l'incertitude, nous avons tendance à revenir à nos anciens comportements, qui sont fiables, même s'ils n'appuient pas nos nouvelles intentions quant à notre manière d'être.
Ainsi, nous devons créer des facteurs capables d'appuyer ces futures intentions. Or, l'un des principaux appuis est la capacité de s'arrêter. Le temps d'arrêt constitue la phase intermédiaire entre nos anciennes et nos nouvelles façons d'agir. Il est très difficile (sinon impossible) de mettre en œuvre la déclaration suivante : « Je vais cesser d'être ceci et commencer à être cela », comme si nos comportements étaient des objets échangeables.
Cultiver notre « capacité d'arrêt », c'est développer notre aptitude à nous observer, nous corriger et veiller à ce que nos actes favorisent nos intentions. Comme on le verra plus loin, quatre composantes sont associées à la création ou au renforcement de cette capacité. Les « comportements observés » les plus fréquemment relevés sont ceux dont il faut d'abord s'occuper. En se concentrant sur les éléments du tableau ci-dessous, on pourra mieux développer certains aspects spécifiques de la capacité d'arrêt.
| Composantes de la capacité d'arrêt | Comportements observés | Façons de travailler avec les gens |
|---|---|---|
| Rythme |
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| Espace |
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| Ouverture d'esprit |
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| Comportement relationnel |
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Beaucoup de pratiques peuvent appuyer des changements dans ces quatre composantes et peuvent concerner deux ou plusieurs éléments à la fois, comme on le voit ci-dessous. Sur quelle composante devez-vous travailler le plus ? Quelles pratiques vous conviendraient ?
Savoir s'arrêter n'est pas une chose " qui serait merveilleuse si j'en avais le temps ". C'est une compétence essentielle à l'épanouissement personnel et professionnel de toute personne qui souhaite apporter à sa vie des améliorations importantes et durables.