« Nous connaissons tous l'expression « une image vaut mille mots ». Les leaders utilisent souvent des images frappantes pour énoncer leur vision des choses et la plupart d'entre nous utilisons les métaphores dans nos conversations quotidiennes avec les autres. Chris Wahl, une coach professionelle et co-auteure du livre « Be Your Own Coach » , nous donne l'occasion d'apprendre comment un coach utilise les métaphores dans son travail avec les clients. Je vous invite à voir comment l'utilisation des métaphores peut s'avérer utile dans le cadre de votre travail et même dans votre vie quotidienne. »
Paul Lefebvre - Coaching Connection
La présente communication examine l'utilisation de la métaphore comme moyen a) d'évaluer la situation d'un client et b) d'aider le coach à concevoir des pratiques à son intention. Les métaphores se sont révélées un merveilleux ajout à notre répertoire de coaching. Elles élargissent et approfondissent notre compréhension des choses, et constituent en outre :
Nous expliquons ici pourquoi nous employons des métaphores en coaching et exposons le processus que nous utilisons pour créer et développer des métaphores qui jettent un nouvel éclairage sur nos clients.
Vous est-il déjà arrivé de vous perdre dans l'histoire d'un client au point de ne plus savoir où vous étiez? Vous arrive-t-il de penser que plus vous en savez sur un client, moins vous le comprenez? Sentez-vous parfois le besoin d'étudier un client sous un angle tout à fait nouveau, sans savoir comment faire? Nous pensons que les métaphores peuvent être utiles au coaching. Nous en examinons certaines des raisons dans les pages qui suivent.
Les bons coachs utilisent une large variété d'approches et de techniques pour comprendre leurs clients et travailler avec eux. Comme les expériences, la vision de la vie et le style d'apprentissage de chaque client sont uniques, ils doivent disposer d'un éventail de moyens pour atteindre le client et dégager le sens des choses. Le raisonnement - mode de compréhension préféré de notre culture - n'est pas toujours la meilleure source de sagesse pour évaluer nos clients ou travailler avec eux. En fait, l'analyse rationnelle classique, les explications et le feedback ne débouchent pas toujours sur des changements importants, parce qu'ils constituent peut-être le mode de pensée qui a enfermé le client dans son dilemme actuel. Lorsqu'un coach se met à rechercher constamment un sens logique, il risque de perdre l'essence même du client. Nous partons du principe que la métaphore est un puissant outil qui sert de substitut et de complément à la logique du cerveau gauche. La métaphore offre de nouvelles façons de voir et de faire à la fois au client et au coach.
Le mot métaphore vient du grec metapherein, qui veut dire transférer ou modifier. Pour les besoins du coaching, nous entendons par métaphore un symbole qui évoque des qualités de notre client et du voyage qu'il effectue. Les mythes, les archétypes, les phénomènes naturels, les animaux et les objets communs peuvent tous servir de métaphores. Une métaphore n'est pas un adjectif, une description littérale, un jugement ou une évaluation.
La métaphore est le langage des archétypes, des symboles et de l'essence. Étant de nature représentative, elle simplifie et concentre la perception. Notre culture fait abondamment usage de métaphores pour cerner des idées ou l'essence des choses. On dit par exemple : pétiller d'intelligence, être inondé de données, faire la lumière sur une question.
Comme coaches, nous avons constaté que le recours à des métaphores peut aider à saisir l'essence du client et de l'enjeu de coaching plus efficacement que des descriptions, parce que la métaphore renferme un monde d'associations et d'informations. Les images que font naître les métaphores valent mille mots : elles demeurent en nous longtemps après que les descriptions ou les données ont disparu de notre mémoire.
Il existe d'innombrables façons d'utiliser les métaphores en coaching. Nous expliquons ici comment nous les employons dans deux domaines importants : l'évaluation et la conception de pratiques.
D'abord, une distinction importante : nous utilisons la métaphore pour cerner et explorer le problème du client, et non le client lui-même. Comme une lentille grossissante, la métaphore concentre la perception mais la limite aussi (Morgan, 1996). Si nous confondons la métaphore avec la personne, nous perdons de vue l'aspect multidimensionnel - le mystère - de la personnalité. Utilisée comme lentille grossissante, la métaphore est source de concentration et de profondeur pour le coach.
Les métaphores se sont révélées être des outils précieux pour nous éclairer sur nos clients et leurs besoins. Par exemple, l'une de nos clientes avait appris qu'elle était perçue au travail comme agressive, arrogante et prompte à s'emporter. Derrière ce comportement semblait se profiler une incapacité ou un refus de céder, le sentiment d'avoir toujours raison. La métaphore à laquelle nous avons pensé pour que s'opère en elle le changement souhaité était la transformation d'un chêne dormant ou mort en un saule pleureur.
Un autre client nous demandait un coaching en leadership. Il semblait être quelqu'un d'équilibré, mais s'était fait dire qu'il ne respectait pas les règles du jeu et communiquait mal avec ses pairs et ses supérieurs. Ses supérieurs croyaient toutefois qu'il avait l'étoffe d'un bon leader. Nous avons eu de la difficulté au début à voir autre chose que le côté accommodant et équilibré de ce client. Aux fins du diagnostic, nous sommes donc partis de l'« impression » qu'il nous inspirait et avons trouvé une métaphore qui a guidé le coaching au départ : la métaphore de la bâche. Il fallait amener le client à passer de la bâche (protectrice, tissée serré et invulnérable) à la tapisserie (perméable, colorée, chaude, mais solide).
Ces images ont été utiles à notre diagnostic, parce qu'elles ont cristallisé et simplifié notre compréhension des enjeux. Ce qui est peut-être plus important encore, c'est l'étendue de l'information que les métaphores révèlent. L'image du chêne et du saule nous a été utile, dans un premier temps, pour saisir la situation. Mais le plus étonnant, c'est que l'image elle-même nous apportait une compréhension beaucoup plus profonde du sujet. Par exemple, si on prend le chêne, quelles sont les autres caractéristiques que cet arbre peut avoir en commun avec la cliente? Le chêne conserve beaucoup de feuilles l'hiver et même après sa mort. À quoi cette cliente devrait-elle cesser de s'accrocher? Le chêne est associé à une force immense. Cette cliente serait-elle trop forte, trop énergique pour être efficace? Prenons maintenant l'image du saule pleureur. Il se balance sous le vent. Que faudrait-il à notre cliente pour qu'elle se laisse aller? Le saule pleure. Se pourrait-il que la peine soit partie intégrante du voyage de coaching?
Nous avons aussi fait un remue-méninges sur la métaphore de la bâche. Qu'est-ce que cette image nous disait sur le dilemme du client? La bâche est efficace. Ce client était accommodant, il faisait bien son travail, mais il sentait que ses supérieurs et ses collègues l'enviaient. Quel rapport avec la bâche? L'impossibilité d'entrer en relation? La difficulté de communiquer? L'incapacité de voir la vulnérabilité de l'autre? Quoi encore? La bâche est utile quand il pleut, mais peu intéressante à regarder. Sa texture ne nous convie pas à l'intérieur. Quel était le rapport entre la bâche et ce client? Elle cache et protège. Cette image faisait-elle ressortir la nécessité pour le client d'abandonner sa carapace, de moins se protéger dans la vie? Ce client était-il efficace au détriment de ses rapports personnels? Qu'est-ce qui est le contraire de la bâche? La tapisserie. En quoi sont-elles différentes? La tapisserie a une riche texture, de belles couleurs, une histoire, du relief, de la chaleur, du poids. Peut-elle quand même protéger et recouvrir? Oui, mais d'une manière différente.
Ainsi, ces images simples ont fait surgir de nombreuses questions que nous n'aurions jamais explorées autrement, car la métaphore est le langage de l'intuition. Elle cerne la réalité tout en révélant le mystère. Elle nous confirme ce que nous savons déjà des besoins de nos clients et en même temps lève le voile sur ce qui ne demande qu'à être découvert.
Les métaphores nous ont donné des idées de pratiques qui auraient pu échapper à notre hémisphère gauche. La métaphore chêne-saule était très « physique » et a suscité l'idée que la cliente elle-même était peut-être très « physique ». Nous avons donc conseillé à celle-ci de s'initier à l'aïkido pour apprendre, par le sport, qu'il ne sert à rien d'opposer l'inertie à la force. Nous avons partagé la métaphore avec elle et examiné le sens du mot arrogance dans le contexte de cette métaphore, puisqu'il s'agissait de la principale critique formulée à son endroit au travail. Arrogance vient du latin et veut dire absence de questionnement. Nous lui avons demandé de visualiser le chêne comme plus rigide et de voir comment, grâce à l'image du saule, elle pourrait envisager davantage de remettre en question ses propres suppositions ou conclusions.
Par ailleurs, en nous inspirant de la métaphore de la bâche, nous avons élaboré des pratiques qui aideraient l'autre client à se défaire d'une partie de la carapace qui l'avait tant protégé. Nous avons d'abord demandé à ce client de regarder le monde à travers les yeux de personnes avec qui il était souvent en contact chaque jour. Il devait essayer de voir ce qu'elles ressentaient et observer comment il recueillait des indices au sujet de leurs réactions à son égard. Il devait aussi prendre bonne note de tout contact d'ordre émotif et être le plus précis possible en écrivant comment il pensait être arrivé à avoir un tel contact. Avec le temps, la métaphore s'est révélée inestimable puisque nous avons appris jusqu'à quel point ce client avait peur d'entrer en relation avec autrui et avait trouvé des moyens stratégiques de s'en passer sans que personne n'en sache rien. La métaphore de la tapisserie nous a permis d'amener ce client à créer et à valoriser sa propre tapisserie avec ses couleurs riches, sa chaleur, sa perméabilité et sa stabilité.
L'élaboration de métaphores est essentiellement un processus intuitif. Pour les coaches plus intuitifs (par exemple, ceux qui obtiennent des scores élevés sur l'échelle N de l'indicateur typologique Myers-Briggs), les métaphores peuvent venir naturellement et facilement. Cependant, nous aimerions que les métaphores soient à la portée de tous les coaches qui souhaiteraient mieux profiter de leur sagesse intuitive. Nous avons donc élaboré ce processus en cinq étapes, pour la création et le maniement des métaphores.
Étape 1 - Soyez clair et ouvert. La première étape consiste à être clair et ouvert lorsque vous rencontrez votre client. Écoutez, observez, notez vos réactions internes et vos actions externes et sachez entendre non seulement ce que le client dit, mais aussi ce qu'il ne dit pas.
Étape 2 - Décrivez le client par rapport à sa préoccupation. Visualisez-le dans le domaine où il éprouve de la difficulté. Pensez à la manière dont il vous apparaît, à l'impression qu'il vous donne. Pensez à ses gestes, à sa posture, au son de sa voix, à ce qu'il évoque en vous lorsqu'il décrit sa préoccupation ou son monde. Quels sont les trois ou quatre adjectifs ou expressions qui vous viennent à l'esprit? Si une image vous apparaît à ce stade, vous avez trouvé votre métaphore. Sinon, essayez de faire une brève description. Efforcez-vous de ne pas censurer vos impressions. Vous êtes parvenu à votre but lorsque vous avez trouvé trois ou quatre adjectifs ou expressions qui semblent vraiment cerner le client dans sa lutte.
Étape 3 - Associez librement des images aux adjectifs. Lorsque vous pensez au client et aux adjectifs que vous avez utilisés pour le décrire, quelles images vous viennent à l'esprit? Faites des associations libres sans vous censurer. Notez les premières images qui se présentent à votre esprit. Essayez d'être le moins rationnel possible. Si aucune idée ne vous vient, essayez de penser à la nature, à des personnages de films ou de livres, aux mythes de n'importe quelle culture, à des moyens de transport ou à des objets domestiques. Habituellement, les premières images sont bonnes. Il est souvent utile d'avoir une image de départ (représentant les rapports que le client entretient avec le monde ou sa préoccupation) et une image d'arrivée (représentant les attentes du client).
Étape 4 - Concentrez-vous maintenant sur l'exploration de la métaphore. Oubliez le client pendant un instant et plongez-vous dans les images. Dressez une liste de tous les attributs que vous pouvez associer avec elles. Quelles sont les caractéristiques de votre métaphore (par exemple, la bâche et la tapisserie)? Quelles caractéristiques distinguent la première image de la deuxième? Qu'est-ce qui faciliterait la transition du premier état au second? Il peut être utile de faire des associations à voix haute avec quelqu'un d'autre ou de les coucher sur papier sans s'inquiéter d'être logique ou éloquent.
Étape 5 - Concentrez-vous de nouveau sur le client. Qu'est-ce que la métaphore vous a appris à son sujet? Sous quel jour nouveau voyez-vous le client et la façon dont vous pourriez travailler avec lui? De quelle utilité sera la métaphore pour l'auto-observation et les pratiques que vous allez concevoir?
En travaillant avec des métaphores, nous avons trouvé un moyen puissant d'évaluer la situation et de concevoir des pratiques pour aider nos clients. Nous en avons également tiré certaines leçons.
Premièrement, rappelez-vous que la métaphore vous aide à créer une hypothèse à propos de la situation du client. Cela n'a rien d'absolu. Comme coaches, nous ne pouvons pas prétendre savoir ce qui convient le mieux au client. Notre travail consiste à lui proposer des possibilités. Parfois il les rejette et nous pouvons en tirer des leçons. D'autres métaphores peuvent surgir. Suivez vos métaphores avec confiance, mais sans rigidité.
Deuxièmement, faut-il ou non partager les métaphores avec le client? Selon nous, il n'est pas toujours souhaitable de le faire. Nous ne partageons pas toujours les nôtres. Pensez à l'utilité que cela pourrait avoir pour le client. Dans le cas du chêne et du saule, nous avons partagé les images et elles ont été utiles. Dans le cas de la bâche et de la tapisserie, nous ne les avons pas partagées.
Nous avons partagé les métaphores de différentes manières. Il nous est arrivé d'écrire un poème au sujet d'une cliente. Les métaphores nous sont venues en l'écrivant. Il nous a semblé naturel de partager le poème avec elle, car il lui ouvrait de nouvelles possibilités. Parfois, nous demandons au client de regarder un film où la métaphore est illustrée par un personnage ou une situation. Nous demandons à nos clients de lire des livres pour la même raison. Parfois nous dessinons des images et parfois nous nous bornons à en parler.
Troisièmement, si vous partagez avec votre client des métaphores tirées de son monde actuel, vous courez un risque. Lequel? Le client peut prendre ces métaphores dans un sens trop littéral. De plus, vous risquez de retomber dans le cercle vicieux dans lequel il était enfermé au départ.
Quatrièmement, il n'est pas nécessaire que la métaphore soit parfaite pour fonctionner. Par exemple, le saule pleureur évoque l'élégance, la flexibilité, l'air et le mouvement. Nous n'avons pas eu besoin de pousser plus loin la métaphore dans le cas de cette cliente. Le saule a d'autres caractéristiques, mais celles-ci n'éclaireraient pas nécessairement le comportement de la cliente.
Cinquièmement, il est utile de parler de votre métaphore avec un collègue coach. Nous avons constaté que nous comprenions mieux nos clients et que notre approche se raffinait avec chacune de nos conversations métaphoriques. Nous prenons le temps qu'il faut et cela s'est avéré incroyablement productif.
Nous aimerions souligner la contribution de nos professeurs, James Flaherty de New Ventures West et Julio Olalla du Newfield Network, dont la sagesse a élargi nos horizons. Notre maniement des métaphores s'améliore avec la pratique et le feedback. Nous apprécierions votre feedback sur la façon dont vous intégrez les métaphores à vos activités de coaching et nous vous invitons à communiquer avec nous.
Christine Wahl
Coaching and Organization Development Consulting
Annandale (Virginie)
Leslie Williams
Leslie Williams Consulting
Takoma Park (Maryland)
Morgan, G. Images of organization, Beverly Hills, Sage Publications, 1996.