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Le coaching s'est présenté au bon moment

ENTREVUE RÉALISÉE PAR ROXANNE CAMERON ET JIM TAGGART

On s'intéresse beaucoup au coaching ces temps-ci et à son apport à la gestion moderne. Denise Amyot, directrice générale des communications au ministère des Ressources naturelles du Canada, est activement engagée dans le coaching. Elle a suivi des formations dans ce domaine et s'est servie des connaissances acquises pour relever de nombreux défis au cours de sa carrière. Dans une entrevue récente, nous lui avons demandé comment le coaching avait influencé sa carrière de leader dans la fonction publique.

Q

Avant de parler de coaching, pourriez-vous nous décrire brièvement votre carrière ?

DA

Je suis arrivée au gouvernement fédéral en 1985 et j'ai travaillé dans sept ministères, à l'administration centrale et en région.

Mon cheminement est assez diversifié. Avec le recul, je dirais que l'exploration de champs variés est une constante dans ma vie.

Je me rappelle qu'un orienteur m'avait conseillé de choisir les sciences, parce que ça « m'ouvrirait toutes les portes ». Cette image de la porte ouverte m'est restée et m'a guidée tout au long de ma carrière. J'ai toujours eu des emplois qui laissaient beaucoup de place à l'exploration et qui me permettaient d'appliquer mes connaissances dans d'autres domaines. J'ai travaillé en politiques, dans les opérations, dans les services, dans le transfert de programmes, en éducation publique et maintenant en communications. J'ai aussi obtenu trois baccalauréats (en biologie, en éducation et en arts) et une maîtrise en éducation. J'aime beaucoup continuer à apprendre et à découvrir.

Q

Avez-vous suivi des cours formels en coaching ?

DA

J'ai commencé avec Coaching vers les percées, un cours de cinq jours offert par le CCG en janvier 1999. Immédiatement après, j'ai suivi un programme de neuf mois, Mastery of Coaching, offert par une entreprise privée. En ce moment je suis un cours en coaching de six mois.

Q

Quelle était votre situation de travail au moment où vous avez commencé à vous intéresser au coaching ?

DA

Quand j'ai commencé à prendre des formations en coaching, je travaillais au dossier des subventions et des contributions à Développement des ressources humaines Canada. C'était une période intense pour mon personnel, pour moi-même et pour une bonne partie du ministère. Elle a duré 18 mois. Mon équipe et moi avons travaillé de longues journées pendant des mois. La situation était encore plus exigeante du fait qu'on était constamment sous la surveillance des médias. On devait connaître toute l'information sur des projets gérés en région et approuvés deux ou trois ans plut tôt. On devait maîtriser des centaines de dossiers qui avaient plusieurs pouces d'épaisseur.

La charge de travail et le rythme étaient épuisants. J'ai même commencé à faire travailler mon équipe en doubles quarts.

Q

Pendant cette période vous suiviez un programme de coaching. Beaucoup de gens dans une situation de crise semblable n'auraient pu mener les deux de front.

DA

Ce que j'apprenais dans mes cours nous a vraiment aidés, mon équipe et moi, à traverser cette période. Je suis devenue plus consciente de mes forces et de mes faiblesses et j'ai pu répondre plus efficacement aux exigences. J'ai découvert, entre autres, la force qu'il y a dans une demande. Avant, je prenais parfois pour acquis que les autres savaient ce que je voulais ou ce qu'il me fallait. J'hésitais à demander directement. J'espérais que mes besoins seraient assez évidents. Ce que j'ai appris, c'est que sans demander on n'obtient pas forcément ce qu'on veut. On perd du temps, parce que les gens font ce qu'ils croient être votre désir et ça ne convient pas toujours. Si votre demande n'est pas claire, ils vont probablement manquer la cible.

Q

Pouvez-vous nous donner un exemple ?

DA

Il y en a deux qui me viennent à l'esprit. Après plusieurs mois de crise, j'avais réalisé qu'on avait besoin de personnel supplémentaire. Je savais qu'il allait être difficile d'embaucher d'autres personnes parce que tout le ministère était surchargé. Avant que je formule ma demande pour du personnel, mes collègues n'étaient pas sûrs de ce que je voulais. Mais quand j'ai demandé, ils ont été merveilleux et voulaient tous nous aider. Avec le personnel supplémentaire, on a fait deux équipes, une de jour et une de nuit.

Il y a un autre exemple. Je devais donner des entrevues aux médias, parfois quatre à cinq par jour. Je voulais que les journalistes rapportent les faits. Je commençais par leur demander : « Quel est l'angle de votre reportage ? » Ainsi, on a pu discuter d'abord de leurs intentions et de leur engagement à rapporter les faits et non une interprétation.

Q

C'est fascinant. Les journalistes ont-ils mieux respecté votre point de vue ?

DA

Au début, ils ont été surpris par mes questions, parce que j'ai fait sortir ce qui reste normalement dans l'ombre. Je leur demandais au fond d'afficher leur engagement. Plusieurs de ces journalistes m'ont ensuite traitée différemment. En parlant plus ouvertement, en quittant nos rôles, je crois que la confiance s'est installée, favorisant ainsi le respect des faits.

Q

Parlons maintenant de la relation avec votre équipe. Comment votre formation comme gestionnaire-coach l'a-t-elle influencée ?

DA

J'ai déjà mentionné la pression qu'on subissait tous. Pour pouvoir la supporter, on s'est assurés d'avoir aussi du plaisir. On a travaillé dur, mais on s'est aussi beaucoup amusés. On a eu une des fêtes de Noël les plus réussies. J'ai régulièrement reconnu les efforts de mon équipe. On avait des réunions et des post mortems tous les jours. On s'est vraiment rapprochés les uns des autres. Je me rappelle qu'une personne avait déposé une carte dans ma boîte à lettres à la maison, avec le message : « Ça va aller mieux. Je pense à vous. » En tant que chef, je me suis aperçue que les gens n'attendaient pas de moi d'être toujours la plus forte. Ils se rapprochaient plus de moi quand je leur montrais que j'étais une simple humaine plutôt que celle qui a réponse à tout. Ils appréciaient que je leur dise que je n'avais pas toutes les réponses et, quand j'étais assez à l'aise avec ma propre personnalité et avec la leur, que je montrais ma vulnérabilité. Et ça s'applique autant à moi : les personnes qui m'ont le plus influencée sont celles qui m'ont montré leur côté humain.

Q

On dirait que pendant cette période un lien puissant s'est formé au sein de l'équipe. Comment vous et votre équipe avez-vous maintenu votre énergie ?

DA

Au cours de l'été, le programme Mastery of coaching était consacré au bien-être. Ça m'a réveillée. J'avais besoin de me faire rappeler l'importance de prendre soin de ma santé. Faire de l'exercice a toujours été important pour moi, mais je négligeais ça parce que je passais de plus en plus de temps au travail.

Je me suis rappelée mes objectifs : je voulais être efficace à court et à long terme, et je voulais gérer la demande croissante et installer des systèmes d'information importants dans tout le ministère. Je savais que pour y arriver, je devais rétablir ma santé physique. Au début je ne voyais pas comment j'allais trouver le temps. Mais j'ai décidé de m'exercer trois fois par semaine et de faire en plus du yoga le matin. Jusque-là, je ne m'étais jamais considérée comme matinale. Mais si je voulais atteindre mon but, il fallait que j'abandonne cette façon de me voir, et c'est ce que j'ai fait. Le plus surprenant, c'est que mon mari, qui était un peu étonné par mon nouveau régime de vie, a fini par faire de l'exercice avec moi au bout de quelques mois.

Q

Diriez-vous que l'exercice a des bienfaits qui vont au-delà du physique ?

DA

L'exercice m'a donné plus de perspective et m'a fortifiée. J'étais moins touchée par ce qui se passait quotidiennement. Après un certain temps, mes collègues aussi ont commencé à faire de l'exercice et on comparait nos résultats.

Q

Vous semblez avoir atteint cet objectif idéal qu'est l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle.

DA

Je vois maintenant le problème différemment. Avant, mon travail c'était ma vie, et dans le temps qui restait il fallait équilibrer tout le reste tant bien que mal. Aujourd'hui, je considère la totalité de ce que je fais comme ma vie, et je me concentre non plus sur l'équilibre, mais sur le poids des priorités.

Mon mari et moi avons acheté un bateau à voile récemment et ça m'a aidée à transposer dans le concret ce que je venais de réaliser. On passe toutes les fins de semaine sur le bateau. C'est tout un changement. Mais ça change aussi ma façon d'organiser ma semaine. Avant, j'acceptais tout, je savais que je pouvais apporter du travail à la maison pour le soir ou la fin de semaine. Maintenant je choisis mieux ce que je fais dans ma journée. Je suis devenue beaucoup plus créative depuis que je suis moins pressée et que je ne suis plus toujours prise par les tâches immédiates. J'ai remarqué que j'ai les meilleures idées en fin de semaine quand je suis détendue.

Pour moi, l'équilibre, c'est être prêt à se laisser nourrir. Comme gestionnaire-coach, j'ai un nouveau sens des responsabilités envers moi-même et envers ma vie. J'ai couché sur papier les 25 choses que je veux réaliser avant de mourir. Cette liste est comme un phare pour moi. Elle m'aide à voir différemment ce qui se passe au quotidien et les décisions que je prends. Et l'engagement que j'ai pris en la mettant sur papier m'aide à apercevoir les occasions de réaliser ces choses.

Q

Est-ce que le fait d'avoir mis ces choses sur papier a fait une différence pour vous, vous sentez-vous plus liée à les réaliser ?

DA

C'est comme ça que je le vois après avoir suivi une formation en coaching. L'engagement est un contrat à agir. En vous engageant, vous prenez la responsabilité d'actes qui changeront certaines choses et créeront de nouvelles possibilités. Il est important de donner vie à l'engagement, hors de vous-même, en l'écrivant ou en le confiant à d'autres. Si votre engagement est seulement envers vous-même, vous vous sentez moins tenu de le respecter. Je suppose que c'est la nature humaine. On a tous notre fierté. Si l'engagement est public, il prend une nouvelle dimension. Les autres vous soutiennent et l'engagement semble vous encourager à trouver des moyens d'action. Sans ça, on laisse une trop grande place au hasard.

Je ne veux pas devenir trop métaphysique, mais c'est comme si après avoir pris un engagement clair, tout contribue à donner vie à cette vision; l'engagement devient l'axe central de toutes les actions de notre vie.

Q

Denise, on voit maintenant comment le coaching vous a aidée à grandir comme leader et comme personne. Dans quoi pensez-vous vous engager maintenant ?

DA

Les nouveaux défis que je me lance sont d'apprendre à manœuvrer mon bateau à voile, de courir le marathon et de poursuivre ma réflexion sur l'équilibre travail-vie.


Au sujet des auteurs

Jim Taggart

Entré dans la fonction publique il y a 19 ans, Jim a travaillé dans plusieurs domaines, notamment l'analyse socioéconomique (comme économiste en chef) et, plus récemment, le développement en leadership et l'apprentissage organisationnel. Il a mené une variété de projets d'équipe, entre autres sur l'amélioration de la qualité du service et le transfert du savoir, ainsi que des sondages sur le climat parmi les employés et des activités d'apprentissage à grande échelle.

Il a travaillé à l'Agence des douanes et du revenu du Canada et à Transports Canada, mais a passé la majeure partie de sa carrière à Développement des ressources humaines Canada, où il est actuellement conseiller supérieur à la Direction générale des ressources humaines.

Jim détient une maîtrise en économie ainsi qu'une maîtrise en leadership et en apprentissage. Il est également membre agrégé du corps professoral de la Royal Roads University, où il fait partie de l'équipe d'enseignement en ligne pour le cours Classical Studies in Leadership.

Roxanne Cameron

Roxanne est entrée dans la fonction publique en 1980 et a occupé divers postes dans les domaines du développement organisationnel et du leadership. En 1999, elle s'est jointe au Réseau du leadership où elle a mené de nombreux projets de recherche sur les réseaux et leur développement, et a produit plusieurs articles et outils pour le site Web leadership.gc.ca. Elle a également assuré le secrétariat du sous-comité du CHF sur la fierté et la reconnaissance. À l'heure actuelle, elle poursuit son travail sur le développement des réseaux et suit un programme d'un an afin d'obtenir un certificat en mentorat.

Roxanne détient une maîtrise en anglais ainsi qu'un baccalauréat en anglais et en psychologie de l'Université Carleton.