Gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Le coaching en leadership : un compte rendu personnel

Par Rod Monette
Sous-ministre adjoint
Service opérationnel au governement
Travaux publics et services gouvernementaux Canada

Photo de Rod Monette

Rod Monette

Au printemps 2000, un ami m'a parlé du programme de coaching en leadership offert par le Réseau du leadership et m'a proposé d'y jeter un coup d'œil. Cela semblait plutôt intéressant, mais je me demandais si cela pouvait vraiment m'être utile.

En vérité, je ne connaissais pas grand-chose du coaching. Je l'associais vaguement au mentorat, à l'orientation professionnelle et à la formation. Et je supposais, comme tant d'autres personnes, que cette option était réservée à ceux qui éprouvent des difficultés sur le plan professionnel.

Cela ne me ressemblait pas - 45 ans, employé depuis vingt ans à la fonction publique, nommé sous-ministre adjoint à l'âge de 36 ans et titulaire de cette fonction pendant neuf ans dans quatre ministères. Néanmoins, j'avais atteint un point dans ma vie où je me posais des questions quant à l'orientation que je voulais prendre. J'ai donc communiqué avec Paul Lefebvre, responsable du programme de coaching en leadership au Réseau, et je lui ai demandé si le coaching pouvait m'aider. Paul, qui m'a donné l'impression d'avoir déjà entendu cette question, m'a dit " Viens me voir, nous allons en discuter ".

L'une des premières choses que j'ai apprises a été que l'idée que je me faisais du coaching était bien loin de la réalité.

Le coaching en leadership est aujourd'hui l'une des activités principales associées au perfectionnement professionnel dans les secteurs privé et public en Amérique du nord. Les clients types sont des PDG, des cadres nouvellement entrés en fonction ainsi que des gestionnaires avec beaucoup de potentiel qui souhaitent donner leur plein rendement par rapport aux objectifs de leur entreprise. Le coaching s'adresse aux personnes qui visent l'excellence. Un gestionnaire l'a clairement exprimé : " Le coaching est pour les professionnels. Les amateurs n'en ont pas besoin. "

Bien que le processus varie selon les besoins individuels, le coaching tente de répondre à des besoins communs afin de permettre aux intéressés de fonctionner selon leur plein potentiel.

  1. La mobilisation de l'être entier

    Le coaching reconnaît qu'en plus du corps et de l'intellect, l'être humain comprend une dimension spirituelle qui détermine nos valeurs fondamentales et nos motivations.

    Une idée fausse circule dans les sociétés occidentales, à savoir que les gens mettent de côté l'élément spirituel lorsqu'ils vont travailler - des concepts tels que le bonheur et l'épanouissement personnel cessent alors d'être pertinents. On apprend au cours du coaching que les choses ne sont pas si simples, que notre côté spirituel nous accompagne dans notre vie professionnelle aussi bien que personnelle. Celui qui n'en est pas conscient ne fonctionne pas à sa pleine capacité.

    L'un des risques du métier pour les personnes qui avancent dans leur carrière est qu'au fur et à mesure qu'elles gravissent les échelons, elles sont tellement concentrées sur des objectifs externes tels que le revenu et le statut, et tellement gouvernées par des forces externes, qu'elles perdent véritablement contact avec elles-mêmes.

    Le coaching en leadership aide les gens à intégrer et à faire intervenir ces éléments spirituel, intellectuel et physique. Le processus fait appel à des techniques qui permettent d'introduire à chaque niveau l'harmonie nécessaire.

  2. Le besoin d'une perspective de l'extérieur

    La contribution la plus importante que peut apporter le coach est sa perspective d'observateur externe, c'est-à-dire sa capacité de voir ce qui ne nous échappe et d'évaluer pour nous notre approche en matière de gestion et les attitudes sous-jacentes.

    Le coaching en leadership ressemble, à cet égard, à l'entraînement sportif.

    En 1997, Tiger Woods, alors âgé de 21 ans, était le golfeur ayant gagné le plus d'argent dans le cadre de la PGA; l'écart de points entre lui et son plus proche rival au tournoi des Maîtres était sans précédent; il était considéré le meilleur joueur du monde. C'est à ce moment que Woods a appelé son entraîneur pour lui faire part de son intention de tout revoir son jeu, de repartir à zéro. Il lui a dit que, pour ce faire, il aurait besoin de son aide. Il s'est donc éclipsé de la scène publique pendant quelque temps. À son retour, il pratiquait son sport d'une façon tellement inédite que les experts y ont vu une nouvelle approche au golf.

    Même si l'entraînement sportif et le coaching en leadership varient à bien des égards, l'exemple de Tiger Woods met en évidence une caractéristique commune aux deux : il n'est pas nécessaire que l'entraîneur soit meilleur que le joueur - dans ce cas-ci, personne ne l'était. Ce regard de l'autre, essentiel ici, offre des possibilités qu'aucun être humain, y compris Tiger, ne peut trouver à l'intérieur de lui-même.

    Le coaching permet souvent au gestionnaire de prendre conscience de la manière dont certaines habitudes et certaines attitudes bien ancrées, celles-là même qui lui ont permis de réussir, peuvent se perpétuer dans son nouveau milieu de travail, souvent sans qu'il ne s'en rende compte, et miner son rendement.

    Prenons, par exemple, la personne qui excelle dans des situations professionnelles où le fait d'être prête à assumer toutes les tâches personnellement est un atout et qui se retrouve un jour dans un poste où sa réussite dépend de sa capacité de déléguer les tâches et de diriger des équipes. Ou encore le gestionnaire dont la personnalité sympathique est essentielle à la vente de programmes et qui se retrouve promu à un rôle de direction où la capacité de prendre des décisions difficiles et souvent impopulaires est cruciale.

    Les personnes aux prises avec ce genre de problème ne sont ni stupides ni inflexibles - comme nous, elles ne parviennent tout simplement pas à percevoir de l'intérieur ce qui se passe à l'intérieur.

  3. Le besoin de mesures internes du succès

    Les gens se différencient par leurs valeurs fondamentales, leurs motifs ainsi que leurs aptitudes; idéalement, ces éléments devraient concorder avec les critères de succès selon lesquels ils vivent et travaillent. Le coaching vous apprend à vous fixer des critères qui sont en accord avec votre moi profond, par opposition à celles que vous avaient imposées certaines pressions de l'extérieur.

  4. Le besoin d'élargir ses horizons

    Comme on l'entend souvent, il y a des choses qu'on connaît et d'autres qu'on ne connaît pas - et aucune de ces deux catégories ne présente un problème insoluble. Les difficultés apparaissent lorsqu'on n'est pas conscient de ce qu'on ne connaît pas. Le coaching a pour résultat de mettre en lumière cette autre perspective.

  5. L'importance des interprétations

    Le coaching vous aide à comprendre que la façon dont vous percevez les situations et dont vous y réagissez dépend de celle dont vous les interprétez, et que votre interprétation peut être bien loin de la réalité. Incidemment, cela n'a rien à voir avec les " lunettes roses " ou avec l'éternel " Don't Worry, Be Happy ". Le coaching est axé sur la réalité. Il se peut très bien que ce que vous considérez être un revers ou une catastrophe le soit justement, mais votre perception de la situation peut ne pas être juste. Une autre interprétation, tout aussi valide, pourrait y déceler une occasion à exploiter. Le coaching vous apprend à vous méfier de vos interprétations.

Les méthodes

La plupart des questions que me posent d'autres sous-ministres adjoints ont trait aux techniques et aux méthodes. Puisque le coaching privilégie les besoins individuels, je ne puis vraiment leur répondre. Voici néanmoins les activités qui faisaient partie de mon propre programme :

  1. Des rencontres individuelles et hebdomadaires avec mon conseiller, Paul Lefebvre, pour essayer de voir les choses de son point de vue à lui et pour analyser les rapports entre divers milieux de travail et mes motivations profondes. Paul a réussi à me faire examiner des questions que je n'avais jamais abordées auparavant - y compris ce à quoi je croyais avoir contribué le plus au cours de ma carrière et le contexte dans lequel j'étais le plus heureux de cette contribution.

    Par suite de ces rencontres, j'ai prévu une journée de réflexion dans l'immeuble du centre-ville d'Ottawa où se situe mon bureau. J'ai réservé une salle de réunion et j'y ai passé la journée, seul, équipé uniquement d'un tableau de papier, de marqueurs et de languettes adhésives; j'ai procédé à une révision systématique de ma situation, établissant des liens entre divers contextes de travail et mes éléments positifs et négatifs.

    J'ai présenté les résultats de cette réflexion à Paul pour connaître son avis, et il m'a suggéré d'en discuter avec mon épouse, me disant que " si quelqu'un devait réagir de façon directe et avec une franchise impitoyable, ce serait elle " (et il avait raison). De plus, fort de ses encouragements, j'ai fait part de ces résultats à quelques sous-ministres adjoints.

  2. Des exercices physiques et mentaux destinés à unifier le corps et l'esprit ainsi qu'à favoriser l'écoute du moi profond. Cet aspect me rappelle toujours un passage dans une chanson de Neil Young : " Do you find it hard to make arrangements with yourself? . Le coaching nous permet justement de prendre des arrangements, et de les respecter.

En dernier lieu, quelques conclusions personnelles et mises en garde.

  • Le coaching a été efficace dans mon cas - mais il n'aidera pas nécessairement tout le monde. Il faut être motivé, ouvert à l'idée du changement et prêt à l'accueillir.
  • Le coaching n'a rien à voir avec l'idée de gagner - du moins, pas dans le sens d'être le premier à la ligne d'arrivée. Il consiste à voir si nous sommes à la hauteur des critères de succès que nous avons établis en fonction de nos valeurs fondamentales. Au-delà de ce que valent ces critères, c'est ce qui les lie à ce que nous avons au fond de nous-mêmes qui doit nous préoccuper.
  • Le coaching ne promet pas de vous faire progresser dans votre carrière (bien que cela puisse en découler). Il ne vous promet même pas que vous serez plus heureux dans votre emploi actuel. En principe, il pourrait vous mener à conclure que vous ne travaillez pas dans le bon domaine ou pour le bon employeur. Cette prise de conscience peut toutefois vous orienter vers un emploi dans lequel vous pourrez vous engager pleinement.

Au bout de dix mois, qu'est-ce que je retiens du coaching? En bref, ma vie en a été transformée. Je sais dans quel type d'environnement je suis le plus en mesure d'apporter une contribution. Je comprend mieux l'importance de trouver un équilibre entre le travail et la vie personnelle, de consacrer du temps à des activités créatrices (dans mon cas, c'est la musique), de veiller à l'intégration de mes dimensions intellectuelle, physique et spirituelle ainsi qu'à leur rapport à ma vie professionnelle. De plus, j'ai amélioré mon style de gestion.

Le coaching en leadership est un service que je recommande.