Par Pamela Pritchard
Le travail était le centre de sa vie. Passionné, dévoué, talentueux et compétent, il avait investi toutes ces années pour devenir un leader reconnu dans la fonction publique. Son dévouement lui avait valu des promotions rapides ainsi que des postes stimulants et prestigieux - bref, il était un modèle à suivre pour les candidats prometteurs. Mais il y avait maintenant une ombre au tableau.
Il aimait toujours son travail et demeurait profondément attaché à son organisation et à la fonction publique. Mais quelque part dans son parcours vers la réussite, certaines parties de sa vie lui avaient échappé. Il éprouvait de plus en plus le sentiment d'avoir laissé passer quelque chose. Certains signes le lui confirmaient. Le rythme impitoyable du travail l'avait empêché de maintenir sa condition physique. Ses amis se mariaient et fondaient une famille pendant que lui se concentrait sur sa carrière. Il avait toujours consciemment relégué ses relations intimes et ses amitiés au second plan, mais ce choix perdait de son intérêt. Il désirait approfondir sa relation actuelle, mais constatait que le travail empiétait sur sa capacité de s'engager pleinement envers sa partenaire. Et il se posait de plus en plus de questions sur le sens de son travail, sur l'héritage qu'il laisserait à la fin de sa carrière. À quoi tout cela rimait-il ? Le succès se mesurait-il seulement par le nombre d'heures travaillées et de promotions reçues ? Il devait bien y avoir autre chose.
Il s'agissait de questions difficiles, existentielles. Le genre de questions qui marquent un tournant dans la vie. Il savait que ses tourments cesseraient seulement quand il aurait trouvé certaines réponses, ou du moins une certaine sérénité face à ses choix. Il a donc décidé de rechercher un coach professionnel qui pourrait l'aider dans sa réflexion. Après en avoir interviewé un certain nombre, il a choisi Charles Brassard, coach professionnel et associé à Impact Coaching.
Essentiellement, l'objectif était d'aider le client à redécouvrir le but de sa vie. Un objectif d'apparence grandiose, mais en fait très concret : il est vite devenu évident que le client était désorienté; sur sa boussole personnelle, la réussite professionnelle ne représentait plus le nord vrai. Il fallait donc rectifier le tir pour que le travail demeure une source de stimulation, mais sans sacrifier les autres aspects de sa vie. L'équilibre et l'intégration sont ainsi devenus les principaux résultats visés par le coaching.
Trois volets d'intervention ont été ciblés, à commencer par le bien-être physique. Le client avait toujours maintenu une forme physique au-dessus de la moyenne et se sentait rarement indisposé. Ces derniers temps, toutefois, le travail lui prenait tellement de temps et d'énergie qu'il s'était mis à travailler tard presque chaque soir, pour se traîner ensuite à la maison où il regardait un peu la télévision avant de s'effondrer dans le lit. Il ne dormait pas bien et ne se sentait plus en forme. Certes, il jouait au hockey une fois par semaine, mais en fin de soirée, et n'en ressentait que plus de fatigue, même s'il aimait l'interaction avec ses coéquipiers. De plus, le hockey ne faisait que lui rappeler à quel point il avait perdu la forme. Retrouver sa forme et son énergie était donc une grande priorité.
Le deuxième volet consistait à explorer ce sentiment lancinant qu'il avait de passer à côté de la vie. Il s'agissait d'un malaise général plutôt que d'un problème bien défini. Il voulait donc mettre le doigt sur la source du malaise et arriver à se faire une idée plus claire de ce que pourrait être une vie harmonieuse et équilibrée. Il serait alors plus à même de prendre des décisions réfléchies.
Le troisième volet concernait son engagement professionnel comme fonctionnaire. Il avait toujours vu la fonction publique comme une vocation. Or, en cours de route, cette perspective semblait avoir subtilement cédé la place à son avancement personnel, qui était devenu l'objectif prioritaire. Il ne pouvait dire à quel moment la bifurcation s'était produite. Le processus avait été graduel, favorisé par un système qui récompensait son intelligence, son éthique professionnelle et son désir de réussite. À première vue, ce changement n'avait rien de mauvais en soi, car il croyait toujours à l'importance de son travail, mais le , sentiment qu'il manquait quelque chose dans sa vie ne cessait de le tracasser. Il avait besoin de retrouver un sens plus profond, plus noble pour son travail. Il voulait laisser quelque chose de valable - son héritage.
Trois aspects importants, trois défis énormes dans une organisation qui drainait son énergie, se souciait peu de ces questionnements et mesurait l'engagement et le succès surtout par le nombre d'heures travaillées.
Le client désirait vraiment respecter les exigences du programme. Son intelligence, sa soif d'apprendre, sa curiosité à l'égard du processus, tout faisait de lui un coaché enthousiaste et motivé. De plus, grâce à son habitude de se concentrer sur les résultats dans son travail, il lui était facile d'y mettre la même discipline, la même énergie et la même détermination que pour sa carrière.
Le coach, un ancien cadre de la fonction publique fédérale, connaissait très bien l'environnement dans lequel évoluait son client. Cela lui permettait de bien saisir les enjeux et de créer une relation de confiance. Il avait déjà, lui aussi, connu les pièges de cette culture centrée sur l'avancement et les heures de travail interminables. Il parlait le même langage et savait que ce malaise était un rappel à la réalité pour son client - beaucoup plus qu'une question d'héritage à laisser.
La patience du coach et sa capacité de respecter le rythme de son client au lieu de le pousser à toujours en faire davantage - ce qui n'aurait fait que renforcer l'habitude d'agir sans réfléchir - leur ont permis d'établir une base solide pour chaque étape successive. Le coach savait bien que même s'il pouvait clairement prévoir l'issue possible, il fallait que son client en prenne conscience et l'intègre tout aussi clairement avant que le cap ne soit mis dans cette direction.
Le programme a été facile à concevoir, mais plus complexe à mettre en œuvre. L'évaluation a déterminé quatre champs d'intervention : 1) retour aux valeurs et aux buts fondamentaux - le vrai moi; 2) prise en charge du corps et de la condition physique; 3) nouveaux contrats avec les amis, les collègues et la famille; 4) modification de l'environnement de travail pour aider à réaliser les trois premiers points.
Le coach a proposé une série d'exercices, dont l'observation de soi, destinés à mettre en lumière plusieurs des suppositions implicites ou des cadres de référence qui régissaient la vie de son client. Ces exercices ont également fourni le contexte des conversations qui ont formé la base de la relation.
Le client a dû, entre autres, évaluer son horaire à la minute près, afin de bien comprendre la façon dont son temps était utilisé et sur-utilisé. Il a constaté alors comment le système s'organisait autour de lui pour user de son temps et comment il participait lui-même à la situation. Il a pu saisir ainsi comment le manque d'habileté dans la formulation de requêtes et d'engagements contribuait à créer une culture de pression incessante axée sur la « livraison sans questions ».
Il a aussi dressé un inventaire de ce qui lui importait vraiment. En faisant le lien avec son emploi du temps, il s'est trouvé mieux placé pour faire des choix différents face à de nouvelles demandes exigeant temps et énergie. Il a commencé à pouvoir dire « non » sans crainte.
Il a aussi commencé à être attentif à ses sentiments concernant ce qui se passait autour de lui, et en lui. Il a pu ainsi changer le ton et la teneur de bien des conversations, au travail et dans ses relations personnelles. Les réflexions guidées l'ont aidé à faire le point sur ses objectifs professionnels, d'une façon qui s'est révélée à la fois pratique et efficace.
Enfin, il a entrepris un programme d'autogestion de sa santé, en vue de réintroduire peu à peu la forme physique et le bien-être dans son quotidien. Il a procédé par étapes, évitant d'en entreprendre trop à la fois et de se mettre en situation d'échec.
Le mot d'ordre du programme ? Patience. Il s'agissait de trouver, dans une vie très remplie, le moyen d'introduire de nouvelles façons d'être, tout en continuant de fonctionner efficacement. Il s'agissait de se donner la marge de manœuvre et les habiletés nécessaires pour améliorer sa vie de façon créatrice.
Il y a eu des revers. Trouver le temps nécessaire pour faire le travail, tomber dans le piège d'agir sans réfléchir, parer au plus pressé… tout cela faisait partie du défi de modifier des schèmes de comportement et de persévérer dans un programme qui pouvait paraître, à maints égards, contraire au sens commun. Pendant un certain temps, rien n'était vraiment clair. Il tournait autour du vrai problème, engagé sur le plan intellectuel mais sans plus, jusqu'à ce qu'un revers de taille le confronte à son propre jeu.
C'est un effondrement physique qui a tout changé. Il est tombé gravement malade, atteint d'un virus qui l'a retenu à la maison pendant des semaines. Le virus, qui faisait émerger son extrême fatigue, l'immobilisa. Son corps lui signalait qu'il était temps de s'arrêter et de réordonner les priorités. Ce congé lui a donné amplement l'occasion de réfléchir et d'utiliser ses ressources de coaching. Au retour, il n'envisageait plus son travail de la même manière.
Finalement, beaucoup de choses ont changé pour le client. Fort du soutien inespéré de son mentor et de son patron, il a pu se tracer un cheminement professionnel qui était en harmonie avec ses besoins et attentes, et pas seulement avec ceux de l'organisation. Parce qu'il était davantage maître de son temps et de son énergie, il n'éprouvait plus le sentiment d'être le seul à pouvoir tout faire mais plutôt un désir de collaboration et d'accomplissement avec les autres.
Il a réalisé un bien meilleur équilibre entre son travail et sa vie personnelle. S'il lui arrivait de faire de longues journées, c'était en toute connaissance de cause, avec des limites claires quant à la durée et aux motifs de l'effort. Il consacrait davantage de temps à sa condition physique, aux amis et à la famille. Sa relation avec son épouse s'est aussi améliorée, car il était davantage présent et en contact avec ses vraies priorités.
Enfin, il a compris que son héritage serait constitué par sa contribution à la fonction publique plutôt que par sa carrière. C'est ce principe, désormais, qui le guiderait.
Comme dans toutes les relations de coaching efficaces, le coach aussi évolue. Dans ce cas, le fait de travailler avec un bourreau de travail en pleine ascension a amené le coach à réexaminer ses propres progrès sur le plan de la patience et de l'alignement sur ses valeurs. Il a compris encore davantage l'importance de simplifier les choses complexes pour permettre au client de modifier son tir de façon graduelle et durable. Son profond respect pour l'univers de son client et pour les souffrances, les échecs et les défis inhérents aux systèmes complexes lui ont permis de faire preuve à la fois de compassion et de fermeté. Il est devenu un coach encore plus authentique et efficace.